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Nos bactéries intestinales dictent elles nos humeurs ?

L’application de cette découverte est scientifique et médicale, mais également philosophique et spirituelle puisqu’elle vient dégonfler la baudruche présomptueuse de la prétendue supériorité de l’homme sur le reste du monde vivant : si le meilleur attribut de l’homme est son intelligence, il semblerait que celle ci ne lui appartienne qu’en partie puisqu'elle est directement le fruit du fonctionnement écologique de son organisme.

Le rôle du microbiote intestinal

 

Le tube digestif, à lui seul, abrite plus de 10 000 milliards de bactéries. Si nous savons depuis longtemps que celles ci nous sont indispensables pour réaliser la digestion et l’assimilation des nutriments, les plus récentes études révèlent que leur rôle est encore plus important que ce qui était admis jusqu'à présent par la communauté scientifique. La découverte la plus déroutante est surement le lien entre les perturbations de cette flore et les troubles psychiatriques tel que la dépression, l'anxiété ou les pathologies encore plus graves telles que l’autisme ou encore la schizophrénie.

En effet, les études ont révélé chez la souris que l’état de santé générale du microbiote intestinal influence directement le comportement de son hôte, notamment par une forte élévation de l'anxiété lorsque l'écosystème bactérien est perturbé. Il a également été démontré qu’un microbiote sain réduisait la réponse au stress chez la souris.

De telles réponses à un écosystème intestinal perturbé ont également été observées chez l’homme.

 

Modes d’actions

 

Les récentes recherches nous permettent également de comprendre par quel moyen le cerveau est influencé par notre microbiote. En effet, ce dernier influence notre psyché par plusieurs voies :

il influence la perméabilité intestinale qui, une fois augmentée, peut engendrer de nombreuses pathologies en perturbant notre assimilation des nutriments, en facilitant la diffusion dans l’organisme de molécules néfastes tel que les métaux lourds, ou encore en impactant négativement notre immunité. Si il est bien connu qu’un intestin perméable peut entraîner certaines pathologies, notamment auto-immunes, les études récentes lui imputent également un lien avec des troubles psychologiques tels que l’autisme.

Les bactéries symbiotiques produisent des neurotransmetteurs qui sont les molécules permettant le transfert de messages entre neurones. Chacune de ces molécules possède un rôle bien spécifique dans le fonctionnement de notre humeur. C’est par exemple le cas des souches bactériennes de Lactobacillus qui produisent de l’acide GABA, bien connu pour son rôle anxiolytique. Les bactéries du genre Bacillus produisent de la dopamine, les Bifidobacterium de la mélatonine, les Candida et Streptococcus de la sérotonine… Toutes ces molécules étant bien connues pour leur rôle dans les mécanismes de relaxation, de bien être et de sommeil.

En plus de produire des neurotransmetteurs, les bactéries du microbiote synthétisent des métabolites issus de la fermentation. Une diversité microbienne affectée peut concourir à une accumulation de ces métabolites potentiellement toxiques pour le fonctionnement cérébral impliquées dans la maladie de Parkinson, l'épilepsie et la dépression.

 

Paradigme

 

Ces découvertes, au delà du fait qu’elle viennent une fois de plus appuyer l’importance de notre alimentation, confirme la nécessité de changer notre vision du monde bactérien. Le paradigme pasteurien selon lequel les germes sont des agents pathogènes est plus qu’obsolète puisque ceux ci, au delà d’assurer le fonctionnement de notre organisme, nous constituent directement, au point d’assurer, au moins en partie notre fonctionnement mental.

 

Ainsi, l’application de cette découverte est scientifique et médicale, mais également philosophique et spirituelle puisqu’elle vient dégonfler la baudruche présomptueuse de la prétendue supériorité de l’homme sur le reste du monde vivant : si le meilleur attribut de l’homme est son intelligence, il semblerait que celle ci ne lui appartienne qu’en partie puisqu'elle est directement le fruit du fonctionnement écologique de son organisme.

 

Références

 

- Dash S, Clarke G, Berk M, et al. The gut microbiome and diet in psychiatry: focus on depression. Curr Opin Psychiatry. 2015; 28: 1-6. Review.

- De Palma G, Lynch MD, Lu J, Dang VT, Deng Y, Jury J, Umeh G, Miranda PM, Pigrau Pastor M, Sidani S, Pinto-Sanchez MI, Philip V, McLean PG, Hagelsieb MG, Surette MG, Bergonzelli GE, Verdu EF, Britz-McKibbin P, Neufeld JD, Collins SM, Bercik. P.Transplantation of fecal microbiota from patients with irritable bowel syndrome alters gut function and behavior in recipient mice. Sci Transl Med. 2017 Mar 1;9(379).

- DESCOINS Laura. novembre 2017. Microbiote et cerveau : corrélation avec les pathologies neurologiques et psychiatriques THESE POUR LE DIPLOME D’ETAT DE DOCTEUR EN PHARMACIE. UNIVERSITE TOULOUSE III PAUL SABATIER FACULTE DES SCIENCES PHARMACEUTIQUES

 

 

Killian Girardin Andreani

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