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Le point sur le curcuma : la "racine d'or", une panacée ?

LE POINT SUR LE CURCUMA

LA "RACINE D'OR", UNE PANACEE?

 

Depuis quelques années, les publications affluent qui toutes vantent les incomparables mérites du curcuma, en tout cas des principes actifs contenus dans la racine et regroupés sous le nom de curcuminoïdes (dont la célébrissime curcumine).

Selon ces publications, la consommation régulière de curcuma sous forme concentrée permettrait de lutter contre l'inflammation, qu'elle se manifeste au niveau du cerveau, des parois vasculaires, des articulations, et dans tout le corps.

Consommer du curcuma aurait un impact positif sur le système immunitaire et même dans la prévention et dans la prise en charge des tumeurs cancéreuses, cette habitude alimentaire quotidienne stimulerait le système digestif, en augmentant la production des sucs et enzymes, et bien sûr en agissant localement sur les muqueuses gastriques et intestinales.

Nombreuses sont les études, in vivo et in vitro, qui vont dans ce sens.

Et de plus, la simple observation de la santé des populations indiennes consommant tous les jours du curcuma frais ou séché, et sous différentes formes alimentaires, nous montre que dans ces régions cancers et maladies cardiovasculaires sont extrêmement rares.

De façon vernaculaire, dans les régions où ils croît en abondance, et parce qu'il est aussi fortement antioxydant, le curcuma séché et broyé servait de conservateur naturel pour les aliments auxquels il était mélangé, mais aussi comme remède à de multiples pathologies, digestives, oculaires, respiratoires, et la liste est loin d'être exhaustive...

Les scientifiques ont très vite compris et mis en évidence les mécanismes biochimiques par lesquels les principes actifs contenus dans le rhizome fonctionnaient contre l'inflammation.

 

COMMENT LE CURCUMA EST ANTI-INFLAMMATOIRE

L'inflammation participe à nos mécanismes de défense contre les agents agresseurs, qu'ils soient microbiologiques comme les virus, bactéries, parasites et levures, ou physicochimiques comme les toxines endogènes ou exogènes, les microparticules, les poussières, les traumatismes, brûlures et blessures. Elle fait partie intégrante du système immunitaire, en tant qu'agent initiateur et régulateur des mécanismes qui nous protègent.

Nous savons tous qu'en cas de coupures ou de piqûres d'insectes, la région lésée devient très vite rouge, chaude, indurée et douloureuse. Ces symptômes plus ou moins intenses selon la gravité de l'attaque portent le nom de "signes cardinaux de l'inflammation, Rougeur, Chaleur, Tumeur, Douleur" (ou "Rubor, Calor, Tumor, Dolor").

En réponse à l'agression, l'organisme fabrique des médiateurs chimiques, interleukines, prostaglandines, leucotriènes, à partir d'un acide gras présent dans toutes les membranes cellulaires, ce qui assure une présence ubiquitaire dans l'organisme et une rapidité de réponse quasi immédiate, l'acide arachidonique.

Par des réactions chimiques en cascade, sous régulation enzymatique - on parle de cascade arachidonique - l'acide arachidonique se transforme donc en différents vecteurs de l'inflammation qui par voie sanguine générale vont toucher et réveiller tous les acteurs du système immunitaire, qu'il s'agisse d'immunité humorale (les agents comme le complément, l'interféron ou les anticorps sont présents dans les voies sanguine ou lymphatique et s'y déplacent) ou cellulaire (macrophages non spécifiques chargés de phagocyter les agents agresseurs, lymphocytes spécifiques programmés pour s'attaquer à un agent agresseur particulier).

Mais il arrive fréquemment que les mécanismes inflammatoires dépassent leurs buts et de physiologiques deviennent pathologiques. C'est le cas de l'inflammation chronique, de plus en plus présente et pernicieuse dans nos sociétés industrielles où milieux et organismes voient leurs émonctoires saturés par toxines et poisons divers et en quantité croissante.

L'inflammation chronique, si elle n'est pas stoppée, fait le lit de multiples pathologie, cancers, maladies auto-immunes, déficiences et perturbations immunitaires, maladies neurodégénératives comme Parkinson ou Alzheimer, troubles métaboliques, maladies respiratoires ou cardiovasculaires.

Médicaments anti-inflammatoires, acides gras omega 3 et principes phyto-actifs comme les curcuminoïdes bloquent cette dérive inflammatoire et agissent donc à la fois sur le plan préventif et curatif contre les maladies dont nous venons de parler.

Souvenons nous de l'acide arachidonique, acide gras insaturé à 20 atomes de carbone, du groupe des omega 6.

Celui-ci grâce à diverses enzymes, se transforme par étapes successives en vecteurs ou médiateurs de l'inflammation. Or certaines de ces enzymes, à différents niveaux de la cascade arachidonique, peuvent être bloquées par l'action de substances anti-inflammatoires, naturelles ou allopathiques.

En agissant lui aussi par blocage d'une de ces enzymes, même si l'action ne se fait pas au même niveau des chaînes enzymatiques, le curcuma interrompt la cascade arachidonique avec une efficacité identique à celle des AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l'ibuprofène, l'alminoprofène, le diclofénac et bien d'autres mais qui sont assortis de nombreux effets secondaires non négligeables).

Par ces mécanismes de blocage, la synthèse des médiateurs inflammatoires est régulée.

Cela ne fait donc plus polémique, le curcuma contient des actifs précieux, anti-inflammatoires et antioxydants, et le vent souffle fort dans les voiles des fabricants qui se sont lancés dans la commercialisation du produit miracle.

 

LA BIODISPONIBILITE DES CURCUMINOÏDES

Parler de produit miracle est peut-être excessif, car il y a quand même un inconvénient majeur à notre "racine d'or", son manque de biodisponibilité par absorption insuffisante au niveau de la muqueuse intestinale.

Certains fabricants ont tout de suite trouvé de quoi pallier ce défaut grâce à différents "subterfuges".

Le premier consiste et c'est le plus répandu à ajouter de la pipérine, extrait de poivre noir qui a pour capacité d'augmenter la perméabilité intestinale et donc de faciliter le passage des curcuminoïdes dans la circulation générale. Nous verrons bien vite pourquoi cette méthode est une hérésie diététique.

D'autres méthodes ont été proposées, visant à augmenter l'absorption intestinale, comme l'association des curcuminoïdes à des phospholipides de soja, sous forme de "phytosomes", sorte de microscopiques "vésicules" supposées augmenter de presque 30% la biodisponibilité du curcuma.

L'utilisation des galactomannanes en association avec le curcuma liposoluble avait pour but de rendre cette substance hydrophobe soluble dans l'eau (ou presque) donc plus facilement assimilable.

Les galactomannanes sont des fibres végétales composés d'une longue chaîne de sucres (mannose) polymérisés. Ils sont présents dans les graines, essentiellement de légumineuses, et sont utilisés dans l'alimentation comme agents de viscosité ou de texture (gomme de guar, de caroube, gomme tara).

La méthode la plus récemment arrivée sur le marché nous vient d'un laboratoire allemand qui a mis au point un produit breveté, le NovaSol, dont nous savons peu de chose pour cause (légitime) de secret professionnel, si ce n'est qu'il associe curcuminoïdes et acides gras. Selon des données unilatérales provenant du laboratoire fabricant, l'absorption intestinale serait majorée d'un facteur 185.

 

POURQUOI IL NE FAUT PAS CHERCHER A AUGMENTER LA BIODISPONIBILITE DU CURCUMA

Toutes ces méthodes laissent à penser, d'autant plus qu'il est bien difficile d'avoir des informations objectives et complètes sur les différentes spécialités commerciales, certaines se cachant et avec raison derrière les obligations du secret industriel, d'autres n'hésitant pas à appliquer une politique agressive de dénigrement des concurrents, à l'aide d'accusations non démontrées scientifiquement.

L'association avec la pipérine, extraite du poivre noir, est une aberration diététique car reposant sur la capacité de celle-ci à augmenter la perméabilité intestinale.

Or, depuis les travaux de Jean Seignalet, disparu en 2004, la perméabilité intestinale est connue sans contestation possible pour être un des principaux responsables du Syndrôme Digestif, un ensemble de pathologies associant autisme, schizophrénie, maladies auto-immunes, intolérances et allergies, immunodéficiences et perturbations immunitaires...

Malheureusement, la grande majorité des thérapeutes prescrivant à tour de bras l'association curcumine / pipérine, et la grande majorité des utilisateurs, semblent ignorer ce "détail".

Toutes les techniques visant à augmenter l'absorption intestinale, même sans pipérine, négligent un point important: les curcuminoïdes sont des molécules naturelles, avec leurs caractéristiques propres, leur énergie vibratoire propre, et cette identité consiste en une action localisée au niveau intestinal, et à faible dose au niveau général.

Il s'agit donc là d'un mécanisme naturel et vouloir forcer les curcuminoïdes à franchir la muqueuse intestinale est une démarche non naturelle ne pouvant qu'amener de graves effets secondaires.

 

CURCUMA, MUQUEUSE ET FLORE INTESTINALES

L'action locale du curcuma sur l'intestin est fondamentale, car elle permet de restaurer et de maintenir un double équilibre, celui de la flore locale et du microbiote intestinal, et celui de la muqueuse elle même réputée si fragile et si facilement lésée par de multiples facteurs (dont la pipérine).

La flore est équilibrée grâce à une alimentation adaptée, riche en produits issus de la lactofermentation (légumes divers, Kombucha, Kéfyr), actifs végétaux issus de la feuille d'olivier, du basilic sacré (Tulsi).

La flore est perturbée - gravement parfois - suite à des pratiques alimentaires érigées au statut de dogme incontournable, comme la consommation de jus d'orange ou de pamplemousse au petit déjeuner.

En effet le jus d'orange, acide, bloque les amylases présentes dans la salive et qui ne fonctionnent bien qu'en milieu basique, et comme celles-ci sont en charge d'initialiser la digestion des sucres complexes, ceux-ci arrivent dans l'intestin quasiment intacts. Et les sucres complexes sont "pain béni" pour les levures, Candida et colibacilles.

La consommation quotidienne de jus d'orange au petit déjeuner condamne l'utilisateur au "syndrome de la levure", avec toutes les conséquences funestes qui en découlent: perturbation de la flore intestinale, mauvaise digestion, flatulences, développement de multiples intolérances et allergies, immunité déficiente et perturbée, syndrome digestif, troubles neurologiques.

La muqueuse est protégée de l'inflammation essentiellement par le curcuma, mais aussi par les acides gras omega 3 issus à la fois du monde végétal (pourpier, huile de lin, de noix, de caméline) et du monde animal (poissons gras).

La science de plus en plus comprend le monde subtil des messages biologiques et de l'infinie complexité de leurs fonctionnements.

Dans un organisme humain où se produisent chaque seconde plus de dix mille réactions chimiques toutes corrélées et en harmonie, en philharmonie, il est bien évident qu'influx nerveux, équilibre bio-électronique, connexion hormonale, régulation enzymatique, sont des médiateurs beaucoup trop lents pour assurer un fonctionnement efficace.

La piste quantique et le phénomène d'intrication quantique, même si on en ignore encore l'essentiel des mécanismes, et qui reposent sur l'instantanéité des communications entre particules quelle que soit la distance qui les sépare, est la seule capable d'expliquer ce phénomène.

Prenons l'exemple de deux particules jumelles, par exemple deux photons, particules lumineuses issues de la même source, et qui s'éloignent l'une de l'autre à grande vitesse. Quelle que soit la distance qui les sépare, et on parle alors de millions de kilomètres, si on intègre à l'une d'elles une information, l'autre particule recevra instantanément cette information (expérience du physicien français Alain Aspec, 1972). L'intrication quantique, c'est cela, et elle concerne non seulement l'univers particulaire mais aussi le monde vivant.

Et bien les actifs végétaux naturels agissent eux aussi par intrication quantique et envoient des messages instantanés à nos organes, à nos cellules.

En ce qui concerne le curcuma, l'action est également systémique et s'exerce au niveau du tissu conjonctif, omniprésent dans l'organisme en tant que structure de maintien, mais aussi siège d'une intense activité immunitaire et en cas de pathologies organiques, siège principal des mécanismes liés à l'inflammation chronique.

En agissant localement au niveau du tissu conjonctif de la muqueuse intestinale, c'est sur tout le tissu conjonctif corporel de l'organisme que s'exerce l'effet anti-inflammatoire du curcuma, dont l'action locorégionale se sublime en action générale, par le jeu subtil des messages biologiques.

 

CURCUMA ET PRECAUTIONS D'EMPLOI EN CAS DE CALCULS RENAUX OU BILIAIRES

Depuis peu le vent qui gonflait hardiment les voiles du curcuma semble tourner et de nouvelles études soulèvent la possibilité d'effets secondaires indésirables comme l'aggravation des problèmes liés aux lithiases (calculs) biliaires ou rénaux, ou en facilitant l'alcalose.

Nous avons vu que les enjeux commerciaux sont tels qu'il est difficile de croire en l'objectivité des publications dont certaines sont éditées directement ou indirectement par les laboratoires fabriquant différentes formules à base de curcuma.

La première réserve porte sur les pathologies liées à la présence de calculs biliaires ou rénaux.

Or il faut faire la différence entre les pathologies chroniques et aiguës.

Parce que le curcuma agit sur le fonctionnement hépatique comme stimulant, la production de bile peut être augmentée et alors l'action sera préventivement positive en s'opposant à la formation des calculs.

Par contre quand ceux-ci encombrent la vésicule et bloquent les canaux excréteurs, l'augmentation de production de bile peut être dangereuse en provoquant une surcharge de bile en amont.

De même qu'en cas de crise aiguë de colique néphrétique, les voies excrétrices urinaires sont obstruées et alors l'apport hydrique est contre-indiqué. Alors qu'en dehors des crises aiguës il est important pour lutter contre les calculs rénaux de respecter une consommation d'eau de l'ordre de 1,5 à 2 litres d'eau par jour.

En tous les cas, calculs biliaires ou rénaux, il existe une solution phytothérapique efficace, la prise de Chrysanthelum americanum, sous forme de gélules ou d'infusions, dont l'action dilatatrice sur les voies d'excrétion permet le plus souvent l'évacuation naturelle des calculs. Les résultats peuvent être rapidement spectaculaires.

 

CURCUMA ET PRECAUTIONS D'EMPLOI EN CAS D'ALCALOSE

L'alcalose pose un autre problème.

Un organisme humain fonctionne en harmonie quand certaines constantes biologiques sont en équilibre, on parle alors d'homéostasie.

L'équilibre acido-basique fait partie de ces constantes et doit se maintenir dans une fourchette étroite (pH entre 7,38 et 7,43 pour le sang).

Il ne faut pas confondre décalages légers vers l'acidité ou vers l'alcalinité, souvent dus à des habitudes alimentaires inadaptées, avec alcalose et acidose métaboliques qui sont des pathologies mettant en jeu le pronostic vital.

Quand le pH se décale légèrement vers l'alcalinité ou l'acidité, le terrain subit des fragilisations qui peuvent à la longue se manifester par l'apparition de maladies diverses.

La consommation d'aliments alcalinisant comme les fruits et les légumes facilite la régulation.

Mais le plus souvent dans notre société nous sommes amenés à consommer trop d'aliments acidifiant comme les sucres raffinés, les produits laitiers, les viandes.

La tendance à l'acidose est donc beaucoup plus manifeste que la tendance à l'alcalose, en tout cas dans les sociétés industrialisées.

La régulation de l'équilibre acido-basique repose sur les systèmes tampons du sang circulant, et surtout sur les régulations pulmonaire et rénale.

En cas d'excès modéré d'acidité, les poumons vont augmenter l'excrétion de gaz carbonique, le CO2 qui en présence d'eau se transforme en acide carbonique. En parallèle, les reins réabsorbent les ions alcalins bicarbonates HCO3-.

En cas d'excès modéré d'alcalinité, les poumons diminuent l'excrétion de CO2 et les reins excrètent davantage d'ions bicarbonate.

Encore faut-il pour cela que reins et poumons ne souffrent pas de pathologies d'insuffisance.

Lorsque l'équilibre acido-basique reste dans une fourchette étroite et même s'il y a un décalage léger vers l'une ou l'autre valeur, en l'absence de pathologies rénales ou respiratoires, la prise de curcuma n'est pas déconseillée.

Alcalose métabolique et acidose métabolique sont des pathologies graves qui nécessitent une prise en charge d'urgence et bien évidemment dans ces cas extrêmes la prise de curcuma est déconseillée.

 

RAPPELS:

Le curcuma (Curcuma longa, est un proche cousin du gingembre, appartenant à la famille des zingibéracées).

Les principes actifs principaux sont regroupés sous le nom de CURCUMINOÏDES et concernent, entre autres, les molécules suivantes:

- CURCUMINE

- DEMETHOXYCURCUMINE

- BISDEMETHOXYCURCUMINE

Cent grammes de racine de curcuma fraîche ne contiennent que 3 grammes de curcuminoïdes.

La posologie quotidienne par voie orale, en dehors de toute méthode visant à en augmenter l'assimilation intestinale, est de 600 à 900 mg de curcuminoïdes.

Dans la littérature, les termes CURCUMINE et CURCUMINOÏDES sont souvent utilisés indifféremment pour désigner l'ensemble des principes actifs présents dans la racine de curcuma.

 

 

Christophe Girardin Andreani


Phytothérapie

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